L’usine marémotrice de la Rance

Située à proximité de Saint Malo, l’usine marémotrice de la Rance est la principale source d’électricité de la Bretagne. Il s'agit de la toute première centrale marémotrice au monde pouvant produire de l'électricité à grande échelle. De sa mise en service en 1967 jusqu'en 2011, elle détenait également le titre de la centrale marémotrice la plus puissante.

L’usine marémotrice de la Rance

L'usine marémotrice de la Rance vue du ciel - Gwenaële Moignic / Pixabay


Recontextualisation :

Au début des années 1950, la France souhaitait devenir plus indépendante concernant sa production d’énergie électrique. La Bretagne est la région qui souffre le plus du manque d’électricité et il convient de trouver une solution. À la suite d’une étude portée sur près d’une décennie, plusieurs projets d’usine marémotrice autour de Saint Malo sont proposés. Parmi eux figuraient des projets pouvant produire l’équivalent en puissance de plusieurs réacteurs nucléaires, jusqu’à 12GW, encerclant la baie du Mont Saint Michel sur 75km ! L’usine de la Rance devait être un prototype expérimental pour étudier le comportement de cette technologie avant de construire ces gigantesques autres projets.

Mais ces projets sont rapidement tombés à l’eau car l’incrustation dans le paysage n’était pas facile. Qui plus est, la problématique de l’époque était différente de celle d’aujourd’hui : le fioul n’était pas cher et les questions de santé publique ainsi que de protection de l’environnement ne se posaient pas. Le projet s’est donc limité à la construction de l’usine de la Rance en tant que prototype puis en tant que production électrique industrielle. 

 

Caractéristiques de l'usine :

 

  • 24 turbines de 10MW à pales réversibles réparties sur 332.5m
  • Une installation de 750m de long
  • Une production de 500GWh/an (moyenne sur les 30 dernières années)
  • Un estuaire de 184 millions de m3 utilisable
  • Fonctionnement en cycle double effet

 

Cette usine aurait pu accueillir 40 turbines de 10MW plutôt que 24. Mais lors de l’appel d’offre dans les années 1950, cette usine était la première et au cas où les résultats n’auraient pas été satisfaisants, l’investissement n’en valait pas la peine. 

 

Une usine paradoxale

L’usine marémotrice de la Rance est la cause de nombreux autres projets à travers le monde. Mais, paradoxalement, aucune autre usine de cette catégorie ne verra le jour en France. Malgré son très haut rendement, sa grande fiabilité, son potentiel de marée des plus important au monde et d’un coût rapidement amorti, les usines marémotrices en France présente un inconvénient de taille : l’intégration dans le paysage. Construire un barrage dans un estuaire ou dans une baie devient très compliqué pour deux raisons principales : l’effet Nimby (Not In My Back Yard : mécontentement des habitants locaux, à tort ou à raison) et les activités de loisirs et professionnelles maritimes.

 

Dans les objectifs fixés par le développement de l’énergie marine renouvelable (EMR) français, l’énergie marémotrice est depuis longtemps oubliée, sans perspectives. Malgré tout, cette usine, après 50 ans de services, est remise à neuf avec une rénovation des turbines, des travaux de grande ampleur sont prévus sur 10 ans (2013-2023). Même si la question sur de nouvelles usines ne se pose plus, la Rance représente quand même 17% de la production totale d’énergie en Bretagne (rapport EDF 2015) ! Elle n’a aucune raison d’être abandonnée. 




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